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Art & Environnement

S'enforester : une philosophie du vivant pour réapprendre à habiter la forêt

S'enforester, c'est renouer avec la forêt comme un milieu vivant et non comme un décor. Une invitation nourrie par la pensée du philosophe Baptiste Morizot.

S'enforester, c'est une invitation à transformer notre manière d'être au monde. Nourrie par les travaux du philosophe Baptiste Morizot, cette idée propose de renouer avec la forêt non comme un décor ou une ressource, mais comme un milieu vivant, un partenaire, un espace de relation. Face à la crise écologique, s'enforester devient une manière de réapprendre à sentir, percevoir et comprendre le vivant.

Une crise écologique qui est d'abord une crise de la sensibilité

Pour Baptiste Morizot, la crise écologique n'est pas seulement technique ou économique : c'est une crise de notre relation au vivant. Dans Manières d'être vivant (2020), il la décrit comme une « crise de la sensibilité » : un appauvrissement de ce que nous pouvons sentir, percevoir et comprendre des autres êtres vivants. Nous avons pris l'habitude de ne voir en eux que :

  • une ressource ;
  • un décor ;
  • un paysage à contempler ;
  • un arrière-plan de nos activités.

S'enforester propose de réparer cette relation.

Habiter la forêt plutôt que la regarder

La modernité a séparé l'humain de la nature. La forêt est devenue tour à tour un stock de bois, un espace de loisirs ou un paysage touristique. S'enforester, c'est renverser cette perspective :

  • entrer dans la forêt ;
  • marcher, écouter ;
  • suivre les traces ;
  • comprendre les dynamiques du vivant.

C'est une manière de cohabiter avec les autres vivants, plutôt que de seulement les gérer ou les exploiter.

Une diplomatie avec le vivant

Dès Les Diplomates (2016), Baptiste Morizot défend l'idée d'une diplomatie avec le vivant : un mode de relation qui reconnaît les autres êtres comme des partenaires avec lesquels il faut composer. Cette approche s'écarte à la fois de la gestion purement technique et de la mise sous cloche. Elle repose sur :

  • l'attention ;
  • la négociation ;
  • la cohabitation ;
  • la reconnaissance des puissances propres du vivant.

S'enforester, c'est apprendre cette diplomatie.

Faire confiance aux puissances de régénération du vivant

Dans Raviver les braises du vivant (2020), Morizot rappelle que la nature n'a pas toujours besoin d'être « restaurée » par nos soins : elle possède ses propres puissances de régénération. Notre rôle peut être moins de reconstruire la forêt que de raviver ces dynamiques et de leur laisser de la place.

S'enforester, c'est accepter que la forêt nous dépasse, et qu'il faut aussi la laisser agir.

S'enforester, ce que font les artistes de La Forêt s'expose

C'est précisément la démarche des artistes de La Forêt s'expose : partir en immersion dans des forêts de plusieurs régions, y marcher aux côtés des forestiers, prendre le temps de regarder, puis rapporter ce regard dans nos écoles, nos bureaux et nos mairies. Leurs œuvres sont une manière de nous enforester à notre tour, sans quitter notre quotidien.

Une manière de réapprendre à vivre

S'enforester est à la fois une philosophie, une pratique et une manière d'habiter le monde. Elle invite à :

  • ralentir ;
  • renouer avec la forêt ;
  • développer une sensibilité au vivant ;
  • tisser des relations diplomatiques avec les autres êtres ;
  • faire confiance aux dynamiques naturelles.

Dans un monde en crise, s'enforester est une voie pour réapprendre à vivre avec le vivant, et non contre lui.

Pour aller plus loin

  • Baptiste Morizot, Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant, Wildproject, 2016
  • Baptiste Morizot, Manières d'être vivant, Actes Sud, 2020
  • Baptiste Morizot, Raviver les braises du vivant. Un front commun, Actes Sud / Wildproject, 2020

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